jeudi 8 janvier 2015

Ici et maintenant



Ce matin j’arpente mon atelier comme un chat malade à la recherche d’un coin pour se cacher. Impossible de peindre, cela me parait dérisoire. Je souffre parce que j’aimais ces gens que l’on vient de tuer.
Il y a longtemps que je n’achetais plus, ne lisait plus Charlie de façon régulière. Pour autant  ceux qui y sont morts ont contribué à façonner mon esprit. Ils m’ont appris, il y a  40 ans, à envoyer balader les officiers supérieurs et les adjudants de ma caserne, ils m’ont appris à ne pas dire « Maître » chaque fois que je croise un avocat ou un notaire.  Ils ont fortement éclairé ma relation avec les dieux de toutes sortes tant leurs déconnades  à ce sujet me sont apparues infiniment plus saines  que les génuflexions des bigotes. Ils m’ont donné des armes pour résister.
Ils n’ont pas été les seuls mais, c’est incontestable,  ils m’ont un peu façonné. Ils ont aidé à ma capacité d’autodérision. Tous ceux qui ont testé ce truc savent que ça aide à tenir le coup.
En ce moment des intégristes musulmans se dirigent vers la Syrie, l’Irak ou ont décidé d’étendre le domaine de la lutte dans nos sociétés. Rien ne leur semble plus important. C’est leur combat, il est dans leur tête de façon obsessionnelle. Ils se lèvent le matin en se disant « ici et maintenant ». La folie de ce combat est leur seule issue car le martyre est le seul aboutissement de cette pensée. C’est l’idée de la mort qui les rassemble.

C’est ainsi que nous devons les combattre : ICI et MAINTENANT. Samedi à la marche, comme nous l’avons fait hier soir dans tant de villes de notre pays. Sans slogans, nous savons ce que nous ne voulons pas lâcher. C’est l’idée de la vie qui nous rassemble.

 JE SUIS CHARLIE