
- « Mets toi là Robert, on revient dans un moment»
Ah, se débarrasser des tyrans. En voilà un vœu pour 2009.
La marquise - Mon dieu qu’allons nous devenir !
Le baron (la main sur l’épée) – ne craignez point madame…
Le chef des bandits – Casse-trogne débarrasse nous de ce cocher !
Le fidèle lieutenant sautait sur la voiture, rampait et achevait le cocher dont je faisais très bien le cri d’agonie - AAArghhhh.
L’attelage stoppait dans des grincements d’essieu et les ordres de ce gueux aux chevaux écumants. Les passagers descendaient et devaient se dépouiller. Grand seigneur le chef des bandits décrétait :
– Pas vous Madame.
Elle baissait les yeux, déjà conquise, ou bien, selon l’humeur du jour, le défiait :
– Quelle insolence !!! Baron faites quelque chose !!
Et là……
Moi, le justicier, j’arrivais sur mon alezan lancé vent du bas. Dans l’élan je basculais trois voleurs avant de balancer un poignard entre les épaules de Casse-trogne, sautais de ma monture, dégainais et entamais un duel de mort avec le chef des bandits. La marquise reprenait des couleurs et palissait en même temps de peur de me perdre. Je transperçais sans pitié ce manant avant de saluer la belle. Le soir dans mon lit je repensais à mes exploits et avec délices à la marquise.
Mais je ne sais pas ce qui se passe, l’affaire se déroule mal. Je commence à avoir froid. La diligence est arrêtée, on est à poil au bord de la route et le justicier n’arrive pas. Les chevaux broutent l’herbe fraiche. Je crois bien que la marquise s’est tirée avec le golden boy.
Les temps à venir verront fleurir des gens à poil au bord des routes. Personne ne poursuivra les golden boys, ils sont le point lumineux de l’arnaque que l’on nous vend. Cette lumière nous aveugle.
« Grave » n’est pas destiné à illustrer la crise car il pourrait y être question du son par exemple, ou de la maladie. Non, ce tableau est juste destiné à montrer que l’on peut peindre des adjectifs comme l’on peint des paysages ou des portraits. Certains m’ont dit qu’en anglais « grave » signifie « tombe ». Les mots sont très malléables. La peinture aussi, surtout lorsqu’elle s’occupe des mots.
Malléable – 2008 – 110x46cm - Acrylique sur toile
«Allons donc! s’écria M. Varinas. Ce n’est pas sérieux, et ce n’est pas sérieusement que vous parlez, monsieur Miguel…
–Très sérieusement, au contraire, et je trouve naturelle, logique et par conséquent admissible cette opinion que d’autres tributaires puissent se disputer l’honneur d’être le véritable Orénoque…
–Vous plaisantez! riposta M. Felipe.
–Je ne plaisante jamais quand il s’agit de questions géographiques, répondit gravement M. Miguel. Il y a sur la rive droite du cour supérieur le Padamo…
–Votre Padamo n’est qu’un ruisseau auprès de mon Guaviare! riposta M. Varinas.
–Un ruisseau que les géographes considèrent comme aussi important que l’Orénoque, répondit M. Miguel. Il y a sur la rive gauche le Cassiquiare…
–Votre Cassiquiare n’est qu’un ruisselet auprès de mon Atabapo! s’écria M. Felipe.
–Un ruisselet qui met en communication les bassins venezuelien et amazonien! Sur la même rive, il y a le Meta…
–Mais votre Meta n’est qu’un robinet de fontaine…
–Un robinet d’où sort un cours d’eau que les économistes regardent comme devant être le futur chemin entre l’Europe et les territoires colombiens.»
Délicieux, non? Les illustrations de Georges Roux le sont tout autant. Ces beaux messieurs s'écharpent, le bateau part et commence la remontée du fleuve.
Bien sûr vous n'êtes pas obligé de me croire, mais le gars qui nage c'est moi. L'eau fait 18°. La température extérieure est de 21°. Ce faible écart thermique entre les deux éléments explique ce que vous ne voyez pas sur cette photo. Mon plaisir de nager dans cette eau fraiche. Oui, oui, mon plaisir. Car je suis tout seul. Tiens, vous qui êtes allé vous dorer à Bormes ou Porto Vecchio est-ce que vous avez réussi à nager seul dans la mer? J'étais en train d'écrire ces lignes et je m'apprêtais à chambrer tout ceux qui ne sont pas partis dans le Cotentin cet été (enfin si on peu dire) histoire d'évacuer ces longues promenades délicieuses sur des grèves immenses et désertes - on a vu un phoque par exemple - j'étais en train d'écrire lorsque que le téléphone a sonné:
- Alain ?
- Waou Bob! P.... Bob!
Je sais, c'est pas bien d'appeler une péripatéticienne dans ces cas là mais bon, c'est sorti . Faut dire que Bob c'est un pote d'enfance, du siècle dernier si vous préférez.
- Alors, t'en es où?
- Ben, je bosse à Marie Galante.
- A Marie Galante !
- Ouais, ils m'ont proposé de prolonger d'un an.
- Arrête...
- Ouais, ouais, c'est un peu monacal comme vie. Tu sais après 16 h les bateaux rentrent à Pointe à Pître et là je vais me baigner. Souvent je suis tout seul. Le soir bouquin, coucher de soleil, l'alizé sur les cannes à sucre......
- Super, super....
Et on a continué à bavasser avant de se quitter.
Là je dois vous avouer que j'ai craqué. Ah, l'enfoiré! TOUT SEUL! Dans une eau transparente à 28° avec une température extérieure à 32°. Et puis avec des langoustes peut-être, hein, avec des langoustes, j'en étais sûr. Et le punch sous les cocotiers pendant qu'on y est. La totale, ridicule, ridicule. Ah, l'enfoiré! Tiens regarde çà.....
les 7 péchés capitaux
2008 - acrylique sur toile - 7 (116x89cm)
Voilà sans doute le sens du message (je vous la fais courte) que contenaient tous ces tableaux « d’église » avant d’envahir nos manuels de morale. Ils avaient pour vocation d’édifier les masses comme l’on dit, de nous faire prendre conscience de nos turpitudes. Je soupçonne que çà n’a pas toujours marché. Que des jeunes enfants ont déconné en décodant ces images dans la semi pénombre des chapelles – « hé t’as vu le paresseux – ouais, et le gourmand là». Que des jeunes gens ont dit à des jeunes filles « viens donc, je vais te montrer la Luxure » et qu’ils ont fait des trucs dans le déambulatoire. Baiser dans une cathédrale est divin. Blasphème ! Vous n’y avez jamais pensé peut-être. Il faudra alors que j’ajoute l’hypocrisie au nombre de mes toiles. Que je trouve un biais pour que le bleu fasse croire qu’il est rouge ou que je vous repasse les films d’Almodovar et de Bunuel.
Pour la jalousie cela a été simple, ses fleurs noires envahissent régulièrement ma tête folle.
Pour la colère j’ai mis longtemps avant de repenser à une de mes grands-mères à laquelle je faisais parfois une de ces crises dont les enfants connaissent les ressorts (la jalousie ?). Elle me disait :
- Mais regarde-toi mon pauvre enfant, tu n’as plus de figure.
Plus de figure, ah, merci Louise, merci. Tu me sauves la vie…
Je confesserai mes péchés au public du 15 mai au 15 juin au Château Prieural de Monsempron Libos dans le Lot et Garonne.
NB : un ami peintre m’a communiqué ce lien que je ne peux résister à vous transmettre à mon tour. Cà dure deux minutes, c’est fascinant.
http://www.lena-gieseke.com/guernica/movie.html
Grâce à leur money ils ont acheté les plus belles bâtisses de notre douce contrée sous une ligne La Rochelle – Narbonne et au volant de leur Girling 2138 cm3 ils ont sillonné les routes du sud-ouest avec à leur gauche (ben oui) des gonzesses en lunettes noires et foulard qui susurraient :
- Oh, continuez Georges, c’est tellement merveilleux.
Georges ne s’est pas fait prier et ils se sont dispersés sur un quart de la France tels des moineaux en migration estivale. C’est ainsi que j’ai connu Dyllis, en réalité une galloise avec un Patrick irlandais (çà ne s’invente pas) dans un micro village du Lot et Garonne. Elle savourait un gin fizz (enfin plusieurs) à chaque soirée que Dieu lui offrait et contemplait le Lot depuis sa maison éclusière.
- Oh, Alain, c’est tellement merveilleux.
Ici nous avons affaire à un méta-langage. « C’est tellement merveilleux » c’est pratique, universel, la preuve d’une parfaite éducation. Je l’ai souvent imaginée dans une demeure en Inde ou au Kenya. Car Dyllis, lorsque je l’ai croisée, avait déjà 70 ans. Cela faisait longtemps qu’elle trouvait la France «marvéyeuse ». Chaque année elle repartait plus tard en Angleterre et revenait avant même le printemps très en avance sur ses congénères. Jusqu’au jour où elle a décidé que le gin était moins cher au super marché du coin que dans le Surrey. Indice probant du réchauffement climatique car sédentariser les espèces est une preuve scientifique de l’évolution du comportement.
Afin de nous remercier de tant de douceurs elle organisait une fois l’an un repas pour les 10 maisons du hameau. L’affaire dépassait la simple « bouffe » entre voisins, Dyllis travaillait à l’entente cordiale. Le menu était donc établi sur les bases suivantes : coup d’envoi mixte et baroque avec omelette aux cèpes et chutney , 2° mi-temps sud-ouest , le genre qui tient en mêlée, et un dessert anglais. Vin.
Soyons honnêtes, ce dessert nous appréhendions son retour annuel. Mais nous avons fini par l’applaudir car il nous permettait de déconner pendant 364 jours sur la cuisine d’outre manche. Il était rose. Fuschia. La « jelly » recouvrait le « tout » d’une imparable saveur britannique.
Gourmandise - 2008 - 116x89cm
"les 7 péchés capitaux"
Ce « tout » nous ne l’avons jamais identifié. Les bruits les plus fous ont couru. N’avait-elle pas travaillé dans la recherche atomique à Cambridge alors même qu’elle disait être dentiste. Elle en coupait des tranches énormes. On s’observait et moi je l’observais. Elle s’envoyait des bouchées titanesques en fermant les yeux et en murmurant :
- Oh, les amis, c’est tellement merveilleux. So marvellous …
Un ami peintre me signale qu’un comité de grands chefs s’est créé et a entrepris une démarche officielle auprès de l’Eglise Catholique afin de faire abolir le péché de gourmandise. Une erreur stratégique à mon sens car je vous le demande : où sera le plaisir ? « C’est tellement merveilleux… »
God save Dyllis.
"L'exposition s'appelle : "Sex in progress", SIP pour les initiés. Au terme d'un processus très réfléchi Alain Galaup a investi le lieu avec une détermination rare quant à sa prise en compte. Sa mise en abîme est exemplaire. En effet, l'artiste..."
Là, je me suis réveillé en sueur.
- "Ca va pas?"
- "J'ai rêvé que j'exposais au Frac. Bon sang je l'ai échappé belle!"
Autant le dire j'ai eu du mal à trouver le sommeil à cause de la Luxure. Et puis il y a eu ce songe. J'ai vu un lieu que j'ai pris d'assaut sans frémir. Au centre mes assistants ont posé
Je me suis réveillé en cherchant la sortie. Je vous dois la vérité: en lieu et place d'un tel dispositif je me suis contenté d'un tableau. Un simple tableau.
cette petite merveille de Félix Valloton
ce double jeu de Gustave Coubet qui s'intitule "La Paresse et la Luxure"(mais également "le sommeil", c'est un peu faux cul)
cette délicieuse "griffouillure" de Antonio Saura également intitulée "la Paresse" et qui nous éloigne singulièrement des représentations les plus courantes.
Ma "Paresse" se veut également très personnelle.
C'est l'enjeu de cette série de sept toiles : tenter une approche non allégorique de ce sujet.La prochaine fois ce sera "l'Orgueil", ou peut-être "l'Avarice". Ou "la Colère." Cela dépendra de l'avancement des travaux. Si vous avez une idée pour la "Jalousie"............ et puis il nous restera la "Gourmandise" pour nous consoler.
Ces toiles sont destinées à une prochaine exposition personnelle dans le Lot-et Garonne (l'endroit où je suis né) au mois de mai .
Je vous salue, vous embrasse et vous souhaite une année pleine de gâteaux crémeux, de scènes de ménages, de siestes crapuleuses (là vous noterez un cumul entre paresse et luxure, ce que recommande l'autorité suprême) de mépris souverain, de colères mégalomaniaques, de mesquineries immondes. Vous verrez, vous en redemanderez en 2009. Ah, çà va être bien.
Alain Galaup
http://www.saatchi-gallery.co.uk/yourgallery/artist_profile/Alain+Galaup/34110.html
http://www.myartspace.com/viewer/gallery/?subscriberid=q33pylglp9v0m943&gallery_id=ylq6ate859vpnf11
un lien vers le site et une vidéo de présentation vous permettent d'en savoir plus sur la manifestation :
www.mac2000-art.com/
http://myspacetv.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=21852283
à très bientôt
Alain Galaup
et toujours
http://www.saatchi-gallery.co.uk/yourgallery/artist_profile/Alain+Galaup/34110.html
http://www.myartspace.com/viewer/gallery/?subscriberid=q33pylglp9v0m943&gallery_id=ylq6ate859vpnf11