Il sert dans un bar qui s’appelle « Le Zanzibar » et porte un panama dont la paille laisse passer des pointes de soleil qui se mélangent à ses taches de rousseur d’anglais fripé comme une « pink lady » oubliée au frigo. Il n’a pas de chaouch, un fait rare à Tanger, et à partir de 17 heures Paul délaye au gin ses yeux bleus. Sur un mur il y a des cartes postales, ou plutôt un mélange de photos, de cartes et même d’enveloppes aux timbres exotiques, une sorte un album personnel qui ressemble à un « work in progress » et parle d’un même endroit : «Stone Town». L'une des cartes est punaisée à l’envers. Voici ce que l’on peut lire :
Dear Paul,
la nuit est plus grande que la mer. Les papillons abreuvés aux flaques dorment dans les girofliers pendant qu’une mère console son bébé - koulou, koulousaï mama, koulou koulousaï – Habid s’est tu, son appel ne retentira qu’à l’aube. Alors les hommes prieront et les papillons ouvriront leurs yeux à facettes. Les nuages reviendront. Le bruit. Le ciel sera violet et les sacs de jute tomberont au fond des cales. Cet après midi j’ai observé le chargement assise sur une caisse. Les hommes veillent à ne pas manquer la planche. Si l’un entonne un taarab un autre lui répond sous le ciel jaune – aujourd’hui presque deux heures d’un chant magnifique – malgré la poussière qui bouche l’air. Le rythme est lent et même les boutres tirent sans force sur les amarres jusqu’au courant de renverse qui arrive à l’heure de la pluie. A la fin du travail ils se prosternent dans la poussière qui retombe. Je me fais petite, çà m’impressionne tous ces grands gaillards noirs qui s’adressent en haut avec la tête en bas. Vivent-ils à genoux ? Les papillons ont bu, la nuit tombe sur Zanzibar, viens. Zelda
On se connaît maintenant alors je dis : -Hey, Paul, what about Zanzibar ? Il regarde autour de lui, l’air à la fois perdu et serein. - Well…clou de girofle. Alors on rit et puis il dit très sérieusement : - Fais-moi un tableau.
Zanzibar - 120 x 60 - acrylique sur toile
Lien pour l'expo de Royan:
http://www.galeriefpl.fr/visitevirtuellegalaup1/visitegalaupsalle1.html
Le dimanche les français marchent. Et ils causent :
- T’as fait quoi avec tes Merkel finalement ?
- J’ai vendu, ils étaient trop sur les machines – outils.
- Et les Zapat ?
- J'ai perdu un max, j’ai trop gardé, c’était à fond sur l’immobilier. Tu vois le truc…
- ouais … çà fait ch… on sait plus quoi prendre.
- Va sur les émergeants. Le Lula c’est pas mal, bien diversifié, ou bien le Chavez, il est indexé sur le pétrole. En ce moment c’est pas top mais çà baisse jamais totalement.
- Tu m’avais fait prendre du Saddam.
- Ouais c’est pas pareil. Sinon tu prends du Brown.
- Arrête, le Brown çà vaut plus rien.
- Joue là fine, juste des allers-retours. Ils en ont besoin jusqu’à l’enterrement du Maguy. Et puis j’ai repris des Loong à Singapour.
- C’est bon çà ?
- Comme un livret A avec un rendement monégasque.
- Bon sang, comment on fait pour en avoir ?
- Je demanderai à mon agent. Il ne te comptera pas de frais d’entrée mais il t’obligera à prendre des Sarkos.
- Ah non! J’en ai un max et ils sont carrément démonétisés depuis que l’Obama remonte
- Je t’avais dit de pas y aller.
- J’ai pas été le seul.
- Ils vont inonder le marché et le transformer ensuite.
- C’est çà dire ?
- Dans un premier temps ce sera un produit dont tu pourras intégrer la valorisation à tes actifs. Cà va cartonner. Ensuite ils vont le découper en tranches et les mettre avec du Berlu, du Medve et puis je sais plus quoi. Ah oui, du Boutef.
- Mais çà marchera jamais !
- Tu rigoles, le levier est excellent C’est vrai que le Sarko est surévalué par rapport au montant de la dette et que le marché va réclamer de la solvabilité. Mais on lui répondra pétrole pour la base, gaz pour le fun et médias pour pousser.
- C’est pas con.
- Enfin, tant qu’il y aura du crédit sur la place.
- Mince alors, du Berlu, j’y crois pas. Cà va s’appeler comment au fait ?
- « Royal Jersey »
- Putain çà pète. Je crois que j’en prendrai.
- T’es même prêt à en bouffer en tranches du Sarko ?
C’est un repas. La conversation porte sur le temps qui passe, l’âge. Les effets de l’âge. Chacun y va de son anecdote. Une convive dit :
- Depuis que mon père a sympathisé avec le mari de sa maîtresse il va nettement mieux. - Pardon ? - Hé bien oui, ils sont devenus super copains, ils font plein de trucs ensemble. D’ailleurs elle s’en plaint amèrement. - Il a quel âge ton père? - 82 - Faut dire que c’est un gaillard, rajoute son mari. A 75 ans il montait encore l’Izoard en vélo. - L’Izoard …
Là-dessus çà commence à discuter de la différence entre faire du vélo et de la bicyclette. Je perds un peu le fil. Le petit vélo continue son tour de table sans que je le suive vraiment. Il est question de ceux qui se rasent les mollets, de la nutrition pendant les périodes d’entrainement, de « Tiens, l’été dernier on a fait le circuit des trois cols, hé bien tu me croiras pas mais …» et puis « il y a un dénivelé énorme » et encore « j’ai cru que j’arriverai jamais là haut » Je reprends du blanc. Finalement je ne conduis pas. Le truc arrive devant moi. - Non, non, je suis plutôt bicyclette. Tu parles comme çà les intéresse un mec qui pédale en regardant les champs de colza. Ils repartent sans moi, vazyquejegrimpe. - Non, mais je t’assure…. D’ailleurs elle adore…
Et puis, je ne sais pas pourquoi le petit vélo est de nouveau là, au rebord de la table, prêt à basculer. Mais il se reprend et malgré un équilibre instable slalome entre les assiettes et les verres avant d’aller garer sa roue avant entre les dents d’une fouchette. Sauvé…. - Au fait, Alain, c’est quoi tes projets ? - Hein ? Ah oui, hé bien je vais prendre une maîtresse. Prochaine expo :
« Paysage 109 » Galerie Franck Pierre Lairaud à Royan du 20 mai au 20 juin. Vernissage le 23 mai. Que tous ceux qui aiment les huitres réservent leur week-end de l’Ascension pour venir dans les Charentes.
Mars 1967. J’habite dans l’île depuis ma petite enfance. J’ai un peu plus de 15 ans et je fais du stop.
La voiture bleue marine s’arrête, une Opel Admiral dernier modèle. Le type me dit :
- Monte, monte, je te dépose.
- Merci je vais à Basse-Terre.
La bagnole est top. Il y a une antenne électrique et même un allume-cigare que le béké s’empresse de me montrer. Le chrome brille dans tous les coins. On roule vitres ouvertes, il fait 34 à l’ombre. On s’enfonce dans le vert doux des cannes à sucre. Il s’arrête à nouveau pour prendre un autre auto-stoppeur, un noir d’une trentaine d’années.
Nous voilà tous les trois, comme un raccourci de Guadeloupe, sur les fauteuils en skaï crème. Le « blanc-pays » au volant, à côté de lui un jeune « zoreille » et à l’arrière un noir.
Notre chauffeur, un peu rougeaud mais très cool avec son bras à la portière, en profite pour entamer une longue tirade sur l’unité nécessaire entre toutes les « forces vives de l’île ».
- C’est la société même qui est bloquée. Ah, tiens regardez, ces terres là sont à moi….
De temps en temps il demande son avis au noir qui reste le plus évasif possible. L’autre insiste. Le noir finit par concéder que de débloquer le système ne ferait pas de mal. Je sens qu’il se retient. Le béké le sent aussi. On longe une plage.
- Avec les atouts que nous avons pourquoi çà ne décolle pas ? Et toi tu en penses quoi ?
- Je crois qu’on pourrait faire mieux, vous avez raison.
- Comment tu t’y prendrais pour faire mieux.
Je regarde le noir d’un air désespéré. Viens à mon aide mon vieux, moi aussi j’ai envie de descendre. Mais il reste 20 bornes alorson se tait tous les deux. L’autre s’en fout, il enchaîne :
- Alors vous n’avez pas de solution. Heureusement que nous comprenons ce pays, c’est normal, c’est nous qui l’avons façonné.
Le noir se recroqueville à l’arrière. Encore quinze bornes. Une voiture conduite par une grosse femme antillaise nous double en catastrophe et fait une queue de poisson. Le béké freine pour éviter l’accident, klaxonne et se met à brailler des insultes en créole. Je dis pour le calmer :
- Bien joué, ce n’est pas passé loin.
- Tu as raison, il faut toujours être vigilant. De toute façon on ne peut pas leur faire confiance, ces gens là auront toujours deux siècles de retard.
Je disparais dans le siège enfaux cuir. Le béké réalisel’énormité du propos et dit :
- Je ne dis pas çà pour vous mais il faut reconnaître que …
Le noir crie :
- Déposez-moi s’il vous plait, je dois voir une personne par ici.
La voiture stoppe, le noir descend sans un mot. Encore cinq kilomètres. J’ai honte, j’aurais du descendre moi aussi. Le chauffeur me balance :
- Tu n’es pas d’accord, hein. Mais qu’est ce que tu crois, si on ne les tient pas on peut faire la valise.
- ….
- Il faudra bien que tu prennes position.
J’essaie de me concentrer sur la dernière descente, sublime, qui mène à la ville. On a l’impression de glisser dans la forêt jusqu’à la mer. Je lance :
- Je ne crois pas que vous avez deux cents ans d’avance.
Il freine brutalement et me largue en bord de route. Plus quedeux kilomètres. Un cumulonimbusfait son enclume dans le bleu.
Deux mois plus tard éclateront les émeutes de mai 1967, d’abord à Basse-Terre puis à Pointe- à-Pître. L’île sera bloquée plusieurs semaines. Il y aura 130 morts du fait de la répression policière.
42 ans plus tardl’île est à nouveau bloquée. Elle a inventé la lutte contre la « profitation » néologisme qui décrit magnifiquement bien le monde actuel. Les syndicalistes de LKP qui mènent le mouvement tentent de faire sauter le verrou sociétal en même temps qu’ils cherchent à obtenir de meilleures rémunérations. Le souvenir de 1967 est très fort en Guadeloupe dans la génération qui est aux manettes. Et si vous croyez que les choses ont changé, je vous invite à aller sur :
Le monde des fleuves a ses hiérarchies : longueur, débit, tout le tremblement géographique. Mais il y a un classement plus subtil qui dépend de chacun de nous. Pour ma part je trouve que la Garonne est gironde, l’Euphrate mystérieux, le Niger magique, le Nil hors concours et que la Seine, fort modeste, se la pète à peu de frais avec son reflet de Notre Dame.Le Zambèze, lui, fait du trapèze, c’est son luxe. Cette brève seconde où le flot capture un éclat du gros cul bleu du ciel avant de basculer dans ce que nous nommons chutes Victoria. Oui Zambèze, tu fais l’acrobate, de la haute voltige, presque un meeting aérien à toi seul. Tu es vertical.
Zambèze – 2009 – 195 x 130cm – acrylique sur toile
Je t’ai peint en (ré)écoutant Lady Smith Black Mambazo. Je ne parle pas le Zulu mais je parie que certains chants parlent de toi, de ta puissance, de ton Afrique.
Je t’ai peint en pensant aux hippopotames qui sous leurs tronches sympas et leurs bâillements décontractés piétinent sans frémir le malheureux qui se trouve sur leur chemin lorsqu’ils s’éloignent de l’eau.
10 h 12 – mangerai bien quelque chose moi
Je t’ai peint en pensant à la terre rouge du Zimbabwe, une des plus riches du continent, que la folie d’un homme, Mugabe, a réussi à rendre stérile. Il faudrait l’amener un soir près de la rivière là où les hippos se promènent à la fraiche.
- « Mets toi là Robert, on revient dans un moment»
Ah, se débarrasser des tyrans. En voilà un vœu pour 2009.
Enfant, je m'installais devant la glace de la chambre des parents et livrais des combats à de redoutables ennemis. Un de mes scenarii favori était l'attaque du carrosse. J'y tenais tous les rôles.
Le cocher- Monseigneur, nous voilà poursuivis par des mandrins.
La marquise -Mon dieu qu’allons nous devenir !
Le baron (la main sur l’épée) – ne craignez point madame…
Le chef des bandits – Casse-trogne débarrasse nous de ce cocher !
Le fidèle lieutenant sautait sur la voiture, rampait et achevait le cocher dont je faisais très bien le cri d’agonie- AAArghhhh.
L’attelage stoppait dans des grincements d’essieu et les ordres de ce gueux aux chevaux écumants. Les passagers descendaientet devaient se dépouiller. Grand seigneur le chef des bandits décrétait :
– Pas vous Madame.
Elle baissait les yeux, déjà conquise, ou bien, selon l’humeur du jour, le défiait :
– Quelle insolence !!! Baron faites quelque chose !!
Et là……
Moi, le justicier, j’arrivais sur mon alezan lancé vent du bas. Dans l’élan je basculais trois voleurs avant de balancer un poignard entre les épaules de Casse-trogne, sautais de ma monture, dégainais et entamais un duel de mort avec le chef des bandits. La marquise reprenait des couleurs et palissait en même temps de peur de me perdre. Je transperçais sans pitié ce manant avant de saluer la belle. Le soir dans mon lit je repensais à mes exploits et avec délices à la marquise.
Mais je ne sais pas ce qui se passe, l’affaire se déroule mal. Je commence à avoir froid. La diligence est arrêtée, on est à poil au bord de la route et le justicier n’arrive pas. Les chevaux broutent l’herbe fraiche. Je crois bien que la marquise s’est tirée avec le golden boy.
Les temps à venir verront fleurir des gens à poil au bord des routes. Personne ne poursuivra les golden boys, ils sont le point lumineux de l’arnaque que l’on nous vend. Cette lumière nous aveugle.
Grave – 2008 – 110x110cm - Acrylique sur toile
« Grave »n’est pas destiné à illustrer la crise car il pourrait y être question du son par exemple, ou de la maladie. Non, ce tableau est juste destiné à montrer que l’on peut peindre des adjectifs comme l’on peint des paysages ou des portraits. Certains m’ont dit qu’en anglais « grave » signifie « tombe ». Les mots sont très malléables. La peinture aussi, surtout lorsqu’elle s’occupe des mots.
Les 7 péchés capitaux - 2008 - acrylique sur toile 116 x 89 cm chacun Collection publique Conseil Général de la Moselle
Sept d'un coup! Ce n'est pas l'histoire du petit tailleur que je vous raconte là, mais celle du Conseil Général de la Moselle qui vient d'acquérir la série des sept péchés capitaux dont nous avions longuement parlé au fil des mois de travail. (voir messages précédents). Cette acquisition a validé une exposition d'été réalisée dans les locaux de la Direction Culturelle du Département, Rue Mozart à Metz.
C'est bien entendu une très bonne nouvelle car j'avais conçu ces tableaux comme un tout et l'idée de leur dispersion ne me réjouissait guère. Ils resteront donc ensemble et continueront de se titiller l'un l'autre comme ils l'on fait pendant quelques semaines lors de l'exposition au Prieuré de Monsempron (47). Merci au Conseil Général de la Moselle.
Parallèlement à cet évènement, j'ai participé à Mac Paris du 20 au 23 novembre. Ce fut un très beau salon où 128 d'entre nous ont présenté leur travail de cette année.
Il y avait des photos, des peintures, des sculptures. Des paysages et des corps, des mots et des cris, du sang, de la sueur et de la poésie. Des machines bizarres avec des plumes au cul , des installations de guerre des tranchées, un simple trait noir au milieu d'un grand format.un trait tout fin, tremblant, infime et puissant. Il y avait l'eau de l'Orénoque sur mon stand, l'Iron Flat à ma gauche , une pale d'hélicoptère et des reflets de tas de charbon en face de moi. Il y avait, il y avait.... une super ambiance. Merci à toute l'équipe qui organise ce salon.
Issu d'une rupture de symétrie au moment du big bang le boson mène une vie tranquille et se ballade dans l'univers en effaçant ses propres traces. On ne lui connait pas de prédateur hormis le physicien de haut vol (facilement reconnaissable à son propos) Depuis qu'un certain Higgs a émis l'hypothèse de son existence, la tribu s'est mise au travail et a élaboré une méthode pour capturer ce dahu interstellaire.
La recette est simple. Je vous passe les détails mais çà commence par : "Creusez un tunnel circulaire de 27 km de circonférence..... c'est dire. Installez à l'intérieur une batterie de pièges à faire pâlir un régiment de bo-doï et attendez.
Tel une super balle le boson va rebondir dans tous les coins - j'hésite, un tunnel a t'il des coins? - Fatigué par cette activité brutale qui le change de sa trajectoire peinarde le boson se laisse alors capturer par une des turqueries de nos allumés. Ces "gens du tunnel" sont une secte assez cool qui envoie parfois un émissaire à la surface pour expliquer que çà va commencer. C'est en écoutant ce plénipotentiaire à la télévision que m'est venue l'idée de peindre des bosons car nul n'en a jamais vu. Perso je l'imagine doux et moelleux, délicieusement fantasque et aussi facile à détecter que le propriétaire d'une hypothèque basée sur des subprimes.
J'ai trouvé qu'il y avait une similitude entre ces physiciens et nous, les artistes. Tous les matins nous installons nos pièges au milieu de l'atelier dans l'espoir de capturer notre boson, cet ineffable instant qui fera le tableau, la sculpture.
Bosons - 4 tableaux 50x 50 cm -2008
Je présenterai mes captures à l'occasion de Mac Paris 2008 du 20 au 23 novembre. Vous pouvez avoir tous les détails sur ce salon d'artistes en cliquant sur le lien qui suit :
Le Superbe Orénoque est le titre d'un des 54 voyages extraordinaires de Jules Verne. Il a bien sûr été édité dans la somptueuse collection Hetzel . Ce fleuve a donné lieu à de nombreuses controverses entre géographes quand à la localisation de sa source. C'est l'objet du livre. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un des dialogues de Jules Verne.
«Allons donc! s’écria M. Varinas. Ce n’est pas sérieux, et ce n’est pas sérieusement que vous parlez, monsieur Miguel…
–Très sérieusement, au contraire, et je trouve naturelle, logique et par conséquent admissible cette opinion que d’autres tributaires puissent se disputer l’honneur d’être le véritable Orénoque…
–Vous plaisantez! riposta M. Felipe.
–Je ne plaisante jamais quand il s’agit de questions géographiques, répondit gravement M. Miguel. Il y a sur la rive droite du cour supérieur le Padamo…
–Votre Padamo n’est qu’un ruisseau auprès de mon Guaviare! riposta M. Varinas.
–Un ruisseau que les géographes considèrent comme aussi important que l’Orénoque, répondit M. Miguel. Il y a sur la rive gauche le Cassiquiare…
–Votre Cassiquiare n’est qu’un ruisselet auprès de mon Atabapo! s’écria M. Felipe.
–Un ruisselet qui met en communication les bassins venezuelien et amazonien! Sur la même rive, il y a le Meta…
–Mais votre Meta n’est qu’un robinet de fontaine…
–Un robinet d’où sort un cours d’eau que les économistes regardent comme devant être le futur chemin entre l’Europe et les territoires colombiens.»
Délicieux, non? Les illustrations de Georges Roux le sont tout autant. Ces beaux messieurs s'écharpent, le bateau part et commence la remontée du fleuve.
La controverse est close depuis longtemps et l'ouvrage a été plusieurs fois réédité. Avec cette couverture par exemple ou l'illustrateur ne nous montre plus le fleuve.
En effet comment représenter un fleuve ? Faut-il montrer sa source, son cours, son embouchure? Comment échapper à la dictature de l'anecdote et de la représentation d'un endroit précis. C'est la question que je me suis posé ces derniers temps en travaillant à deux grandes toiles: Orénoque et Euphrate. J'envisage de peindre la Loire et le Zambèze dont le seul énoncé du nom me fait rêver.
Orenoque - 195 x 130cm - 2008
Je commencerai à présenter ces toiles à Paris le mois prochain à l'occasion du salon Mac 2000. Je vous en reparlerai.
Après une exposition d'été au Conseil Général de la Moselle, Rue Mozart à Metz, le carnet des expositions personnelles s'est rempli pour les deux années à venir : été 2009, à l'Ane Bleu une galerie de Marciac dans le Gers pendant le Festival de Jazz. A l'automne Bruxelles dans l'Espace Moselle. En 2010 Berlin, à l'initiative du Conseil Général, et le Musée de Marmande dans le Lot et Garonne qui a une politique originale de présentation de peintres actuels.
Bien sûr vous n'êtes pas obligé de me croire, mais le gars qui nage c'est moi. L'eau fait 18°. La température extérieure est de 21°. Ce faible écart thermique entre les deux éléments explique ce que vous ne voyez pas sur cette photo. Mon plaisir de nager dans cette eau fraiche. Oui, oui, mon plaisir. Car je suis tout seul. Tiens, vous qui êtes allé vous dorer à Bormes ou Porto Vecchio est-ce que vous avez réussi à nager seul dans la mer? J'étais en train d'écrire ces lignes et je m'apprêtais à chambrer tout ceux qui ne sont pas partis dans le Cotentin cet été (enfin si on peu dire) histoire d'évacuer ces longues promenades délicieuses sur des grèves immenses et désertes - on a vu un phoque par exemple - j'étais en train d'écrire lorsque que le téléphone a sonné:
- Alain ?
- Waou Bob! P.... Bob!
Je sais, c'est pas bien d'appeler une péripatéticienne dans ces cas là mais bon, c'est sorti . Faut dire que Bob c'est un pote d'enfance, du siècle dernier si vous préférez.
- Alors, t'en es où?
- Ben, je bosse à Marie Galante.
- A Marie Galante !
- Ouais, ils m'ont proposé de prolonger d'un an.
- Arrête...
- Ouais, ouais, c'est un peu monacal comme vie. Tu sais après 16 h les bateaux rentrent à Pointe à Pître et là je vais me baigner. Souvent je suis tout seul. Le soir bouquin, coucher de soleil, l'alizé sur les cannes à sucre......
- Super, super....
Et on a continué à bavasser avant de se quitter.
Là je dois vous avouer que j'ai craqué. Ah, l'enfoiré! TOUT SEUL! Dans une eau transparente à 28° avec une température extérieure à 32°. Et puis avec des langoustes peut-être, hein, avec des langoustes, j'en étais sûr. Et le punch sous les cocotiers pendant qu'on y est. La totale, ridicule, ridicule. Ah, l'enfoiré! Tiens regarde çà.....
A part çà je me suis remis à peindre, mais je vous raconterai une autre fois. Ah, l'enfoiré!
Depuis 800 ans la lumière traverse cette fenêtre et noie une des grandes salles du Prieuré de Monsempron.Elle m'a accompagné au long de l'accrochage des 40 toiles de l'exposition. La lumière et les pigeons. Dès que je me penchais à l'une des ouvertures pour profiter du paysage ils s'envolaient et tournoyaient autour de l'édifice.
Les choses ont changé très vite à l'arrivée de l'orage. Les pigeons se sont cachés, la lumière a basculé et le ciel nous est tombé sur la tête. Il y a eu un bref instant de fin du monde avant que l'averse installe son humidité. Puis un pigeon a roucoulé.
J'ai pensé aux moines, çà devait les faire kiffer ce genre de moments. La puissance du ciel puis la sérénité retrouvée. Le moine roucoule t'il après l'orage? Vous attendez que je parle de l'exposition, du vernissage (très sympa) de la peinture. Ce serait facile, peut-on trouver meilleur endroit pour exposer les 7 péchés capitaux qu'un prieuré du XIII° siècle? D'ailleurs ils s'y prélassent avantageusement. Mais je n'ai pas envie. Après des mois de peinture j'ai besoin de me vider la tête. L'orage m'a lavé, je l'ai laissé m'envahir au rythme des projections qui mouillaient le seuil du Prieuré. L'eau a ensuite coulé jusqu'à la rivière où je l'ai retrouvée le lendemain. Le flot était gros. C'est le dernier endroit où le Lot fait le malin au pied des falaises. Après il se la coule douce jusqu'à la Garonne.
Il y a là un château et un moulin aussi vieux que le Prieuré. Et toujours des pigeons, bien à l'abri sous les arches qui amortissent le bruit de la chute d'eau. Ils sortent en rafale à la première alerte. Ils m'ont fait peur tellement j'étais pris par la quiétude de l'endroit.
Car c'est doux, l'eau est verte et fait envie. Il suffirait de descendre ces quelques marches, se laisser aller, on se retrouverait là bas à Cordouan, dans l'estuaire, dans l'océan. Dans ce bleu que promet le ciel.
Repentez vous mécréants ! Les péchés sont sur vous. Secouez vos âmes ! Délestez-vous, parlez au Seigneur, dans sa grande miséricorde il vous sauvera.
les 7 péchés capitaux 2008 - acrylique sur toile - 7 (116x89cm)
Voilà sans doute le sens du message (je vous la fais courte) que contenaient tous ces tableaux « d’église » avant d’envahir nos manuels de morale. Ils avaient pour vocation d’édifier les masses comme l’on dit, de nous faire prendre conscience de nos turpitudes. Je soupçonne que çà n’a pas toujours marché. Que des jeunes enfants ont déconné en décodant ces images dans la semi pénombre des chapelles – « hé t’as vu le paresseux – ouais, et le gourmand là». Que des jeunes gens ont dit à des jeunes filles « viens donc, je vais te montrer la Luxure »et qu’ils ont fait des trucs dans le déambulatoire. Baiser dans une cathédrale est divin. Blasphème !Vous n’y avez jamais pensé peut-être. Il faudra alors que j’ajoute l’hypocrisie au nombre de mes toiles. Que je trouve un biais pour que le bleu fasse croire qu’il est rouge ou que je vous repasse les films d’Almodovar et de Bunuel.
Lorsque j'ai commencé à chercher des images relatives aux péchés capitaux, j’ai réalisé qu’ils étaient le plus souvent peints de façon allégorique ou métaphorique. L’avare s’accroche à sa cassette, le colérique hurle, le gourmand se gave etc… J’ai tenté de sortir de ce système et imaginé pour chacun d’entre euxune solution non figurative. J’ai cherché en moi les sentiments qu’ils m’inspirent, tant la couleur que l’intensité ou la brièveté.
Pour la jalousie cela a été simple, ses fleurs noires envahissent régulièrement ma tête folle.
Pour la colère j’ai mis longtemps avant de repenser à une de mes grands-mères à laquelle je faisais parfois une de ces crises dont les enfants connaissent les ressorts (la jalousie ?). Elle me disait :
- Mais regarde-toi mon pauvre enfant, tu n’as plus de figure.
Plus de figure, ah, merci Louise, merci. Tu me sauves la vie…
Je confesserai mes péchés au public du 15 mai au 15 juin au Château Prieural de Monsempron Libos dans le Lot et Garonne.
NB : un ami peintre m’a communiqué ce lien que je ne peuxrésister à vous transmettre à mon tour. Cà dure deux minutes, c’est fascinant.
Après une première tentative avortée pour envahir l’Aquitaine entre 1337 et 1454 les anglais sont revenus en 1963 avec deux armes absolues : la Livre Sterling et le Roadster TR 4 bien plus sexy que la masse d’armes.
Grâce à leur money ils ont acheté les plus belles bâtisses de notre douce contrée sous une ligne La Rochelle – Narbonne et au volant de leur Girling 2138 cm3 ils ont sillonné les routes du sud-ouest avec à leur gauche (ben oui) des gonzesses en lunettes noires et foulard qui susurraient : - Oh, continuez Georges, c’est tellement merveilleux. Georges ne s’est pas fait prier et ils se sont dispersés sur un quart de la Francetels des moineaux en migration estivale. C’est ainsi que j’ai connu Dyllis, en réalité une galloise avec un Patrick irlandais (çà ne s’invente pas) dans un micro village du Lot et Garonne. Elle savourait un gin fizz (enfin plusieurs) à chaque soirée que Dieu lui offraitet contemplait le Lotdepuis sa maison éclusière. - Oh, Alain, c’est tellement merveilleux. Ici nous avons affaire à un méta-langage. « C’est tellement merveilleux » c’est pratique, universel, la preuve d’une parfaite éducation. Je l’ai souvent imaginée dans une demeure en Inde ou au Kenya. Car Dyllis, lorsque je l’ai croisée, avait déjà 70 ans. Cela faisait longtemps qu’elle trouvait la France «marvéyeuse ». Chaque annéeelle repartait plus tard en Angleterre et revenait avant même le printemps très en avance sur ses congénères. Jusqu’au jour où elle a décidé que le gin était moins cher au super marché du coin que dans le Surrey. Indice probant du réchauffement climatique car sédentariser les espèces est une preuve scientifique de l’évolution du comportement.
Afin de nous remercier de tant de douceurs elle organisait une fois l’an un repas pour les 10 maisons du hameau. L’affaire dépassait la simple « bouffe » entre voisins, Dyllis travaillait à l’entente cordiale. Le menu était donc établi sur les bases suivantes : coup d’envoi mixte et baroque avec omelette aux cèpes et chutney , 2° mi-temps sud-ouest , le genre qui tient en mêlée, et un dessert anglais. Vin. Soyons honnêtes, ce dessert nous appréhendions son retour annuel. Mais nous avons fini par l’applaudir car il nous permettait de déconner pendant 364 jours sur la cuisine d’outre manche. Il était rose. Fuschia. La « jelly » recouvrait le « tout » d’une imparable saveur britannique.
Ce « tout » nous ne l’avons jamais identifié. Les bruits les plus fous ont couru. N’avait-elle pas travaillé dans la recherche atomique à Cambridge alors même qu’elle disait être dentiste. Elle en coupait des tranches énormes. On s’observait etmoi je l’observais. Elle s’envoyait des bouchées titanesques en fermant les yeux et en murmurant : - Oh, les amis, c’est tellement merveilleux. So marvellous …
Un ami peintre me signale qu’un comité de grands chefs s’est créé et a entrepris une démarche officielle auprès de l’Eglise Catholique afin de faire abolir le péché de gourmandise. Une erreur stratégique à mon sens car je vous le demande : où sera le plaisir ? « C’est tellement merveilleux… » God save Dyllis.